Il y a quelques semaines, un client nous a appelés, inquiet.
Sa mère venait de chuter dans l'escalier de sa maison.
En se rendant sur place, le diagnostic était immédiat : les marches étaient trop peu profondes.
À la descente, le talon se pose sur la marche, mais si elle est trop peu profonde, l'avant du pied se retrouve dans le vide. Sans appui complet, le pied bascule vers le bas, le poids du corps suit.
On vous explique pourquoi la profondeur d'une marche, ce qu'on appelle le giron, est bien plus importante qu'elle n'y paraît.


Commençons par clarifier un point qui sème souvent la confusion, même chez des professionnels du bâtiment.
La profondeur de marche désigne la dimension totale de la planche, du bord avant au bord arrière.
Le giron, lui, c'est la distance utile entre le nez de la marche que vous quittez et le nez de celle que vous rejoignez. Si votre marche fait 30 cm de profondeur totale mais que le nez déborde de 3 cm sur la marche du dessous, votre giron réel est de 27 cm, et c'est cette valeur qui détermine réellement le confort et la sécurité.
Autrement dit : on peut avoir une marche qui semble généreuse en regardant la planche, et un giron insuffisant en pratique. C'est l'erreur la plus fréquente dans les escaliers «premier prix».
En 1675, l'architecte François Blondel a observé quelque chose d'évident mais de fondamental : un escalier confortable, c'est un escalier qui respecte le pas naturel de l'être humain.
Sa formule est simple :
2 x hauteur de marche + giron = entre 60 et 64 cm
C'est la traduction mathématique d'une enjambée. Un pas humain moyen fait environ 62 à 63 cm. Si la somme dépasse 66 cm, l'escalier est trop plat, vous allongez le pas sans raison, ça fatigue. En dessous de 58 cm, il est trop raide, vous montez comme à l'assaut d'une falaise.
Exemple concret pour un escalier de 2,80 m de hauteur :
Idéalement, l'escalier idéal à une hauteur de marche de 17,5 cm et 28 cm de giron. C'est alors un escalier qu'on emprunte dix fois par jour sans y penser. Et c'est exactement ce qu'on recherche.
Les normes françaises (DTU 36.3, arrêtés accessibilité) distinguent plusieurs cas :
Ce qu'on retient chez Nord Escaliers : le minimum légal, c'est le plancher, pas l'objectif. Dès que la configuration de la trémie le permet, on vise 27 à 28 cm de giron. C'est la valeur à partir de laquelle la plante du pied se pose complètement, sans que l'avant parte dans le vide.
C'est contre-intuitif, mais c'est un fait que nos équipes observent au quotidien : les accidents d'escalier surviennent bien plus souvent à la descente qu'à la montée.
La raison est biomécanique. En montant, on pose la pointe du pied, on cherche l'appui devant soi. En descendant, le talon se pose, mais si le giron est insuffisant, l'avant du pied se retrouve dans le vide. Le pied bascule vers l'avant, le poids suit. La chute est rapide et difficile à rattraper.
Un jour, un client est venu avec un plan de rénovation où l'architecte avait prévu un giron de 19 cm "pour gagner de la place". Nos menuisiers ont refusé de fabriquer cet escalier en l'état. Après discussion, on a revu la configuration de la trémie pour atteindre 25 cm de giron. L'espace perdu ? 15 cm au sol. La différence au quotidien ? Considérable, et potentiellement vitale.
Un giron trop étroit, c'est gênant pour un adulte en bonne santé. C'est franchement dangereux pour les deux catégories de personnes qui empruntent le plus souvent les escaliers dans une maison, et qui maîtrisent le moins bien leur équilibre.
Les enfants ont une foulée plus courte. Un escalier dimensionné pour des adultes les oblige à adapter leur pas de manière non naturelle. Mais le vrai danger vient des escaliers trop raides, où un enfant qui rate une marche en descente n'a aucune surface pour rattraper sa chute. On recommande systématiquement aux jeunes parents qui font construire ou rénover de ne jamais descendre sous 25 cm de giron, même dans un couloir étroit.
Les personnes âgées cumulent deux facteurs aggravants : une réduction naturelle de la longueur du pas avec l'âge, et une moins bonne proprioception, autrement dit une conscience moins précise de la position du pied dans l'espace. Un escalier bien dimensionné ne compense pas tous les risques, mais il en élimine une bonne partie. On a posé des escaliers chez des familles qui accueillent leurs parents vieillissants : à chaque fois, la première question est « Est-ce qu'il sera facile à monter pour eux ? ».
La réponse commence par respecter les bonnes dimensions.
Sur un escalier droit, le giron est constant d'une marche à l'autre. Sur un escalier quart tournant, demi-tournant ou hélicoïdal, les marches sont trapézoïdales, plus étroites près du mur central, plus larges vers l'extérieur.
C'est là qu'intervient la notion de ligne de foulée : la trajectoire que suit naturellement une personne en montant. C'est sur cette ligne qu'on mesure et qu'on garantit le giron réglementaire.
Chez nous, le balancement des marches, c'est-à-dire la façon dont on répartit les marches tournantes pour que le giron reste constant sur la ligne de foulée, est une étape à part entière de la conception. Ce n'est pas une option. C'est ce qui différencie un escalier qu'on emprunte sereinement d'un escalier qu'on négocie à chaque passage.
1. Confondre profondeur totale et giron : Une marche de 28 cm avec un nez de 3 cm donne un giron de 25 cm, pas 28. Ce sont 3 cm de confort en moins qui peuvent faire la différence.
2. Sacrifier le giron pour gagner de la place : C'est le raisonnement le plus répandu, et le plus risqué. On pense à l'espace au sol, pas à la sécurité quotidienne. Sur 40 ans de vie dans une maison, c'est un mauvais calcul.
3. Oublier la régularité. Toutes les marches d'un même escalier doivent avoir exactement la même hauteur et le même giron. Une tolérance de plus ou moins 5 mm est admise par le DTU 36.3. Au-delà, le corps est désynchronisé : il anticipe un rythme qui n'existe pas. C'est souvent à la dernière marche, légèrement différente, qu'on trébuche.
Chaque projet commence par une « visite de mesures » chez vous, pas par une commande en ligne sur catalogue. Parce que chaque trémie est différente, chaque hauteur d'étage est différente, et chaque famille a ses contraintes.
Quand on calcule un escalier, on ne se contente pas du minimum légal. On cherche le meilleur compromis entre l'espace disponible, la configuration choisie et le confort réel à l'usage. Et on vous l'explique, dimensions à l'appui, avant que la première marche soit découpée.
À retenir :
Vous avez un prochain projet d'installation d'escaliers ?
Et ce n'est pas facile d'imaginer ce que nous sommes capables de réaliser. Inspirez-vous des dernières réalisations chez nos clients.